Arrêtons les vols de nuit

Jean-Pierre Enjalbert préside le collectif « santé nuisances aériennes« , regroupant des professionnels de la santé. Il est lui-même angiologue, titulaire d’une capacité en environnement et santé publique. Il vient de passer devant une commission du conseil économique et social, conseil chargé par le président Sarkozy d’élaborer la charte de développement durable de l’aéroport de Roissy.

Qu’attendez-vous de la future charte de développement durable?

Notre espoir est assez limité, car nous avons été échaudés, par le passé, par des annonces qui n’ont pas été suivies d’effet. Nous escomptons tout de même faire naître une prise de conscience. Nous préconisons justement un développement durable. Actuellement, 600 000 personnes sont survolées à moins de 1000 mètres par des avions. C’est un chiffre considérable. Nous voulons montrer, enquêtes scientifiques à l’appui, que c’est un problème de santé publique. Nous venons récemment de faire une synthèse d’études concernant les impacts sur les enfants, notamment l’apprentissage de la lecture par 128 enfants de 9 ans habitant autour d’Heathrow à Londres. Ils avaient six mois de retard. Sans faire du catastrophisme, il faut prendre en compte ce paramètre.

Quelles sont vos propositions?

Le point prioritaire pour nous, c’est l’arrêt des vols de nuit entre 22 heures à 6 heures du matin. Les études médicales réalisées dans différents pays et publiées dans des revues sérieuses montrent que les vols de nuit perturbent la qualité du sommeil. L’Organisation mondiale de la santé préconise huit heures de sommeil continu, avec un niveau sonore inférieur à 35 décibels. Or, à moins de 1000 mètres, le bruit des avions est de 55 à 75 dB. A Roissy, il y a actuellement 163 vols de 22h à 6h du matin, contre 16 pour l’aéroport d’Heathrow, ou 43 pour Schiphol à Amsterdam**. A Heathrow, ce sont les riverains qui ont fait baisser le nombre de vols de nuit! Il faudrait également revoir les procédures d’approche: les avions pourraient descendre en suivant une courbe continue et non pas par plateaux, descente qui expose davantage de riverains à des niveaux sonores élevés. On pourrait aussi revoir les normes concernant les avions les plus bruyants, encourager leur remplacement par des appareils modernes. On veut rationaliser le trafic, sans gêner l’activité économique.

*Les particuliers peuvent donner leur avis à l’adresse missionroissy@ces.fr

**Selon ADP, le nombre de mouvements de nuit a diminué de 15% de 2002 à 2007. En moyenne, il y a 61 vols entre minuit et 5 h du matin.

JDD Paris  |  1 juin 2008  |  Mise à jour le 1 novembre 2009

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