Lettre ouverte à Didier Schmitt

Les EchosVotre tribune intitulée « Garnir nos assiettes autrement en 2030 » publiée dans Les Échos du 4 août est pleine de bon sens et de perspicacité.

Présenter la réduction du régime carné au profit d’une meilleure qualité alimentaire comme la mesure simple permettant le retour à une alimentation saine nous laisse toutefois sur notre faim. Vous évoquez d’ailleurs avec raison les logiques de l’agro- industrie mondialisée qui ne favorise pas forcément ce chemin.

Peut-être serait-il bon également de s’interroger sur les politiques de l’UE qui pourraient contribuer à la dérive vers toutes les facettes de la Malbouffe et leurs conséquences sanitaires et économiques ?

S’interroger sur les conséquences du dogme de la baisse des prix à tout prix sur la qualité des produits.

S’interroger sur les limites du libre-échange intégral dont les excès et les dérives sont manifestes ; la concurrence déloyale entre des producteurs respectant les normes de qualité européennes et ceux qui échappent à ces contraintes mais accèdent sans difficulté et sans assez de contrôle à nos marchés.

S’interroger sur les modes de fonctionnement de l’UE ou le poids des lobbys, dont les intérêts ne sont pas toujours ceux des citoyens, est régulièrement dénoncé. (Par exemple s’interroger sur les freins à l’amélioration de l’étiquetage…)

Peut-être aussi, puisque que vous évoquez la proximité de la fourche à la fourchette, s’interroger sur l’intérêt et la pertinence des milliers de kilomètres parcourus par une partie importante de nos approvisionnements au détriment des équilibres écologiques (en intégrant dans le prix du produit la réalité des coûts  environnementaux)

Enfin, il me semble tout à fait nécessaire d’anticiper les attentes en matière de quali-sécurité qui se développent partout dans une société globalisée où émerge partout une plus grande  exigence de sécurité et de qualité.

La France et l’Europe qui ont dans ce domaine de nombreux atouts pour faire de ce secteur un secteur moteur de l’économie alimentaire devraient pouvoir compter sur une autre politique de l’UE. Les traités passés comme les négociations très opaques autour du futur marché transatlantique n’en prennent pas le chemin.

Pas celle de la baisse des prix à tout prix, ou de la concurrence déloyale, pas celle d’intérêt à court terme, mais celle de la qualité, de la garantie de sécurité et de diversité.

Un recul prospectif  nécessaire pour une autre politique qu’exigent en effet nos assiettes

 

Jean-Pierre Enjalbert

Médecin angiologue

Maire de Saint-Prix

Conseiller général du Val d’Oise

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