Super-bonus écologique : le poisson d’avril de Ségolène Royal ?

Renault_31739_1_6 A grand renfort de communication, Ségolène Royal et le gouvernement annoncent fièrement l’entrée en vigueur, ce 1er avril, du super-bonus écologique en faveur du renouvellement du parc automobile français. Sans doute un nouveau poisson d’avril de Segolène Royal !

Les 37 millions de voitures individuelles françaises sont vieillissantes – en1991, la moyenne d’âge du parc automobile était de 6,1 ans, il était de 8,3 ans en 2013 –  sur-diésélisées – 68% des voitures contre 27% au Royaume-Uni – et contribuent à la pollution atmosphérique de notre pays puisque le secteur des transports représente 36% des émissions de CO² françaises.

Mais les deux mesures phares du volet transport automobile de la loi Royal se traduisent par une punition et une fumisterie.

La punition, c’est le retour annoncé de la ‘’pastille verte’’ pour classer les véhicules selon leur niveau de pollution dans la droite ligne tracée par Anne Hidalgo d’interdire l’accès de Paris aux véhicules diesel les plus ancien dès 2020.

La fumisterie, c’est donc l’instauration de ce super-bonus pour le remplacement des véhicules les plus polluants.

Loin de concerner tous les Français, seuls quelques privilégiés pourront bénéficier du super-bonus de 10 000 euros pour une voiture électrique et 6 500 euros pour une hybride rechargeable. Il leur faudra non seulement être propriétaire d’un véhicule diesel de plus de 13 ans mais encore résider dans une des zones bénéficiant d’un Plan de Protection de l’Atmosphère (PPA). Cette mesure se veut spectaculaire mais est finalement injuste et très peu efficace au regard des enjeux

Injuste, car les PPA ne concernent que 23 agglomérations françaises. Les habitants de l’Orne, de l’Eure et Loir, ou de la Drome qui ne sont pas concernés par un PPA ne bénéficieront pas du super-bonus pour s’équiper d’une voiture plus propre. En revanche, ils seront pénalisés dans leurs déplacements à Paris ou dans d’autres zones concernées par ces PPA du fait de la mise en œuvre de la pastille verte.

Injuste car elle ne concerne que les Français aisés capables de débourser des sommes conséquentes, les urbains, pour changer de véhicule tandis qu’il faudrait permettre aux  Français les plus modestes et aux classes moyennes  de bénéficier d’une aide pour le renouvellement du parc automobile vieillissant. Car, qui peut décemment imaginer qu’un propriétaire d’une voiture ancienne, n’ayant plus une grande valeur, puisse être en mesure de s’équiper d’une Toyota Prius coûtant plus de 28 000 euros ?

Insuffisant car en ne s’attaquant qu’aux diesel de plus de 13 ans, le super bonus ne concerne que les véhicules mis en service avant 2002, soit les voitures répondant aux normes européennes euro 1 et 2. 11,4% du parc automobile diesel français est concerné par ce super-bonus, auquel il faut retrancher les automobiles n’étant pas immatriculées dans une zone PPA. Nombre des voitures les plus anciennes sont pourtant en province, dans ces zones rurales toujours oubliées par nos gouvernements.

Insuffisant car sous prétexte d’aider à l’achat d’un véhicule électrique, ce sont tous les véhicules à la consommation plus sobre et aux rejets de CO² réduits qui se retrouvent victimes du malus, y compris les automobiles thermiques de dernières générations et certaines hybrides…

La consommation moyenne est aujourd’hui de 6,9 l/100 km. On peut faire baisser ce chiffre de moitié, réduire la facture énergétique du pays, rendre du pouvoir d’achat aux familles modestes et réduire les émissions toxiques. Encore faudrait-il, pour cela, majorer le bonus pour le remplacement de tous les véhicules de plus de 10 ans quelque soit son lieu de domicile, sans sacrifier les ruraux, et conditionner cette aide majoré au niveau des ressources pour cibler les classes moyennes.

Jean-Pierre Enjalbert

Maire de Saint-Prix

Délégué national à la transition environnementale

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